Depuis quelques années, l’éducation positive bienveillante est partout : dans les livres, sur les réseaux sociaux, dans les écoles, les crèches, les cabinets médicaux. Elle invite les parents à écouter, accueillir les émotions, bannir les cris et les punitions. Si ces intentions partent d’un désir sincère d’accompagner les enfants avec respect, elles peuvent aussi devenir une source de stress et de culpabilité pour les parents.
Au sein du cabinet, nous rencontrons régulièrement des mères et des pères pétris de culpabilité, en grande difficulté avec leurs enfants et la capacité d’imposer des limites. Le but de cet article est d’apporter un éclairage sur l’éducation bienveillante, remettre un peu de nuance et surtout, redonner confiance aux parents. Car éduquer avec bienveillance, ce n’est pas être parfait — c’est avant tout rester humain.
L’éducation positive bienveillante : un idéal devenu injonction
L’éducation bienveillante s’inspire des avancées en neurosciences affectives et en psychologie du développement. Elle nous enseigne que l’enfant a besoin de sécurité émotionnelle, que les violences éducatives ordinaires laissent des traces, et qu’il est essentiel de réguler les conflits avec empathie. Et en effet, une partie de la définition, donnée par le conseil de l’Europe, intègre tendresse, explications mais aussi et surtout, limites éducatives. Et c’est ce dernier élément, oublié, qui pose désormais problème. Cette définition mal traduite et donc mal répandue a fait croire aux parents qu’il existe une éducation idéale, dénuée de toute agressivité. Ce discours, à l’origine porteur d’espoir, est devenu une nouvelle norme rigide.
Ajoutons à cela l’émergence des réseaux sociaux où la parentalité se met en scène : enfants toujours épanouis, parents disponibles 24h/24, conflits toujours gérés avec douceur. Pour les parents confrontés à la fatigue, au stress, à la pression du quotidien, ces images peuvent renforcer un sentiment d’échec. Quand la théorie ne colle pas à la réalité, la culpabilité s’installe : « Je n’arrive pas à faire comme il faut », « Je crie, donc je suis un mauvais parent ». Dans l’objectif de susciter l’intérêt, on assistera sur les réseaux sociaux à une présentation excessive de l’éducation bienveillante. Les contenus vidéos, limités dans leur durée, vont abreuver les parents de conseils et de vérités générales sans nuances. A titre d’exemple, on expliquera alors aux parents ou futurs parents, que l’éducation bienveillante c’est laisser l’enfant décider de l’heure du coucher et qu’imposer un rythme précis de repas/coucher est source de stress et peut s’apparenter à une violence éducative ordinaire… Ainsi, tout un chacun peut devenir expert d’une thématique, sans vraiment pouvoir y prétendre, influençant alors des milliers de personnes et participant encore à la culpabilisation de parents déjà débordés d’injonctions.
La réalité des parents : fatigue, ambivalence et limites humaines
Être parent, c’est aussi faire face à ses propres émotions, son passé, ses blessures, tout en accompagnant un enfant en construction. C’est se lever la nuit pour la cinquième fois, c’est gérer un conflit après une journée de travail, c’est tenir bon quand on est épuisé.
Être enfant c’est ressentir des émotions négatives voire même de l’agressivité. Ce dernier comprend son entourage, a très vite conscience de l’environnement qui l’entoure et nier qu’il détient aussi des pulsions agressives qu’il faut limiter et contenir, c’est également faire violence à une partie de ce qu’est l’enfant.
Il a alors besoin pour se construire d’apprendre à contenir cette agressivité afin de retrouver la sécurité intérieure. Comment ? En se sentant limité. Par la définition d’un cadre précis, par la frustration quand les règles ne sont pas respectées , l’enfant intègre les premiers éléments qui construiront son rapport au monde. Il comprend alors la puissance du pouvoir parental, puissance qu’il saura demander et retrouver en cas de nécessité.
La bienveillance commence aussi par soi-même
Personne ne peut être patient en toute circonstance. Il est normal de perdre parfois le contrôle, d’avoir besoin de souffler, de ne pas toujours avoir la bonne réponse. L’ambivalence d’aimer ses enfants profondément tout en ayant besoin de distance est naturelle. Reconnaître cela, c’est sortir du mythe du parent toujours calme, toujours disponible. Sortir du rêve et conscientiser que les jeux de pouvoir existent aussi au sein de la famille.
Alors ce que nous voulons dire aux parents c’est qu’il est normal de toujours douter. Un parent qui doute, c’est un parent qui fait de son mieux avec son propre vécu, ses propres failles et cela ne fait en aucun cas de lui un parent carentiel.
Un parent qui se respecte, qui prend soin de lui, qui accepte ses limites, offre à son enfant un modèle solide auquel se raccrocher. Être bienveillant, c’est aussi savoir dire non, poser un cadre, et accueillir ses propres émotions avec compassion.
Se juger en permanence, c’est s’empêcher d’apprendre et c’est donner à l’enfant l’image d’un adulte fragile en manque d’assurance et donc insécurisant. Au contraire, agir en accord avec soi-même et reconnaître ses maladresses quand elles sont là, c’est aussi montrer à l’enfant qu’il arrive de ne parfois pas tout contrôler, que la vie est parfois rude, et frustrante.
Vers une parentalité authentique et ajustée
Il ne s’agit pas de nier les apports initiaux de l’éducation bienveillante mais bien de rétablir l’importance pour les parents de reprendre confiance en eux.
Plutôt que de suivre une méthode à la lettre, chaque famille gagne à construire sa propre manière d’être ensemble, en fonction de ses valeurs, de ses ressources, et de ses besoins. Chaque parent pourra apprendre à limiter de manière adaptée et ajustée son enfant tout en lui apportant toute la bienveillance, l’attention et l’amour nécessaire à sa construction.
Plutôt que de viser une éducation sans faille, pourquoi ne pas viser une parentalité « suffisamment bonne », comme le disait le pédiatre et psychanalyste Donald Winnicott ? Une parentalité vivante, imparfaite, souple et ancrée dans le réel.
Nos accompagnements de guidance parentale
Il est temps de redonner aux parents le droit d’être humains. L’éducation bienveillante a permis de faire évoluer les méthodes d’éducation pour une relation plus saine à nos enfants. Toutefois, elle ne doit jamais devenir une obligation culpabilisante. Si vous notez que les relations avec votre enfant sont conflictuelles, que votre enfant n’intègre pas les limites, que vous vous sentez épuisé, perdu, si vous avez besoin d’être soutenu, vous n’êtes pas seul.
Nous proposons des accompagnements de guidance parentale qui combinent TCC (Thérapie Cognitivo-Comportementale) et psychanalyse. La première permettra de mieux comprendre les mécanismes de pensées des parents et des enfants ; la seconde, d’identifier les processus inconscients qui se jouent dans les relations intrafamiliales et la recherche de réparation -de leur propre enfance bien souvent – des parents dans l’éducation qu’ils donnent à leur enfant. Par l’ajout de l’hypnose et de la sophrologie, nous vous aiderons à ancrer ces changements bénéfiques et vous permettrons d’acquérir des méthodes utiles que vous pourrez utiliser au quotidien pour un retour à la sérénité.
